Jusqu'ici, fermer son ordinateur portable arrêtait l'assistant de code. Avec le rachat d'Ona par OpenAI, ce n'est plus le cas : Codex va pouvoir continuer à travailler pendant des heures, voire des jours, sans personne devant l'écran. Le 11 juin 2026, OpenAI a annoncé l'acquisition d'Ona, la start-up allemande anciennement connue sous le nom de Gitpod. Derrière ce deal au montant non communiqué se joue une bataille bien plus large : celle des agents de code autonomes, où OpenAI affronte frontalement Anthropic.
Ona, ou comment donner un « lieu de travail » aux agents IA
Ona, c'est l'ancien Gitpod, une société allemande de 79 personnes qui a rebaptisé son produit fin 2025. Son métier : fournir des environnements de développement dans le cloud — des bacs à sable isolés, jetables et sécurisés, où du code peut s'exécuter sans risque pour la machine de l'utilisateur. La plateforme revendique avoir servi 2 millions de développeurs.
La spécialité d'Ona, c'est ce qu'elle appelle l'« exécution contrôlée par le client » : les agents IA tournent à l'intérieur de l'infrastructure cloud du client lui-même, dans son propre VPC, avec contrôle d'accès par rôle, authentification unique (SSO), OIDC et journalisation des actions. Autrement dit, l'entreprise garde la main sur ses données, ses identifiants et ses traces d'audit.
Le co-fondateur et CEO d'Ona, Johannes Landgraf, résume bien l'enjeu : « Les agents n'ont pas seulement besoin d'intelligence ; ils ont besoin d'un espace de travail de confiance. » C'est exactement ce qui manquait à OpenAI.
Pourquoi OpenAI en avait besoin : Codex grandit trop vite
Codex, l'assistant de développement d'OpenAI, compte désormais plus de 5 millions d'utilisateurs hebdomadaires, en hausse de 400 % depuis le début de l'année. À cette échelle, les tâches confiées à l'IA ne se comptent plus en secondes mais en minutes, en heures, parfois en jours : refactoring massif, migration de codebase, correction d'une série de bugs en arrière-plan.
Le problème, c'est que ces tâches longues exigent un environnement d'exécution persistant, qui survit à la fermeture du laptop et garde le contexte en mémoire. C'est précisément la brique qu'OpenAI n'avait pas en interne, et qu'Ona apporte clé en main. Le cabinet Gartner parle d'ailleurs de « la capacité de montée en charge essentielle qui lui faisait défaut ».
Côté valorisation, les chiffres ne sont pas officiels, mais l'analyste Arnal Dayaratna (IDC) estime le prix entre 450 et 500 millions de dollars, soit environ 30 fois un chiffre d'affaires 2026 estimé à 10-15 millions. Un multiple élevé qui en dit long sur la valeur stratégique attribuée à l'infrastructure d'exécution, plus qu'aux revenus actuels.
Le vrai sujet : faire des agents autonomes des outils déployables en entreprise
Un agent qui code tout seul pendant des heures, c'est puissant — et potentiellement dangereux. Les risques sont concrets : suppression involontaire de fichiers, dégâts sur un système, explosion incontrôlée des coûts en tokens, ou exploitation malveillante par un attaquant. Sans garde-fous, aucune DSI sérieuse ne laisserait un agent s'exécuter sans surveillance.
C'est là que l'apport d'Ona devient stratégique. En ajoutant gouvernance, traçabilité et contrôle d'accès, OpenAI ne vend plus seulement de l'intelligence : il vend un agent que les grandes entreprises peuvent réellement déployer en production, dans le respect de leurs contraintes de conformité. Comme le note Tom Findling de Conifers.ai, le défi n'est plus la qualité du code, mais de rendre les agents « assez sûrs et utiles pour que les grandes boîtes les déploient vraiment ».
Le revers, souligné par Gartner, est tout aussi réel : en intégrant l'exécution directement dans sa pile, OpenAI pousse les entreprises à choisir entre l'intégration verticale d'un fournisseur unique et la flexibilité d'un écosystème ouvert. Le confort a un prix : la dépendance.
OpenAI contre Anthropic : la guerre des agents de code est déclarée
Ce rachat ne sort pas de nulle part. Il répond directement à Anthropic, dont Claude Code est largement considéré comme l'un des moteurs de sa croissance explosive. En mai 2026, Anthropic a lancé le support des bacs à sable auto-hébergés dans ses Claude Managed Agents — exactement le terrain sur lequel OpenAI vient de s'aligner avec Ona.
Les deux rivaux avancent au coude-à-coude, jusque dans les détails : ils ont déposé leurs dossiers d'introduction en bourse confidentiels à quelques jours d'intervalle. Cette acquisition s'inscrit aussi dans une série d'achats récents d'OpenAI, après la start-up de cybersécurité Promptfoo et la société de hardware io de Jony Ive.
Mon analyse : on assiste à un basculement net. La course aux agents de code ne se gagne plus seulement sur la qualité du modèle, mais sur l'infrastructure d'exécution — là où le code tourne, comment il est isolé, qui contrôle les données. C'est moins spectaculaire qu'un nouveau benchmark, mais bien plus déterminant pour l'adoption en entreprise.
Pour les équipes tech françaises, le signal est clair : l'agent de code autonome quitte le statut de gadget pour devenir un composant d'infrastructure, à évaluer comme tel — avec ses questions de souveraineté, de coûts et de réversibilité. Le rachat doit encore passer les autorisations réglementaires, mais la direction, elle, ne fait plus débat. J'ai détaillé tous les chiffres et les implications dans mon analyse complète sur TECH ACTU — le lien est en commentaire.




