Azure a dépassé les 100 milliards de dollars de revenus annuels à l'issue de l'exercice fiscal 2026 de Microsoft, clos fin juin. Un cap symbolique, atteint alors que Microsoft 365 Copilot franchit dans le même temps les 30 millions de sièges payants. Deux chiffres qui, mis bout à bout, dessinent la trajectoire d'un groupe qui a fini par transformer son pari sur l'IA générative en revenu récurrent massif.
Un trimestre record pour le cloud
Sur le seul quatrième trimestre fiscal (avril-juin 2026), Microsoft a encaissé 90 milliards de dollars de revenus, avec une croissance qui s'accélère à 18 % sur un an. Le Microsoft Cloud dans son ensemble (Azure, Microsoft 365, Dynamics) pèse désormais 59,3 milliards de dollars sur le trimestre, en hausse de 27 %.
Mais c'est Azure qui tire l'ensemble vers le haut : la division cloud a progressé de 43 % sur un an, une accélération notable par rapport aux trimestres précédents. Le résultat net trimestriel atteint 35,8 milliards de dollars, en hausse de 31 % — une rentabilité qui confirme que la facture massive des investissements en datacenters IA commence à porter ses fruits.
Signal peut-être le plus parlant pour l'avenir : le carnet de commandes contractées mais non encore facturées (commercial remaining performance obligation) a bondi de 84 % sur un an, pour atteindre 678 milliards de dollars. C'est le chiffre qui indique si les engagements pris aujourd'hui par les grands comptes se traduiront en revenus dans les trimestres à venir — et il donne largement raison à la stratégie IA de Redmond.
Copilot : la courbe qui double presque chaque trimestre
Sur le volet Copilot, la progression est tout aussi frappante. Microsoft 365 Copilot comptait 15 millions de sièges payants fin 2025, 20 millions le trimestre suivant, et dépasse désormais les 30 millions de sièges à la clôture de l'exercice. Une base qui, si le rythme se maintient, double quasiment chaque trimestre depuis plus d'un an.
C'est un signal important pour tous ceux qui doutaient encore de la capacité de Microsoft à transformer l'engouement initial autour de Copilot en abonnements réellement payés et renouvelés. Le doute portait moins sur l'intérêt technologique de l'outil que sur sa capacité à justifier son prix face à des DSI prudents sur les budgets IA.
Mon avis : ce doublement régulier ne veut pas dire que Copilot a convaincu tout le monde en interne dans chaque organisation cliente. Beaucoup d'entreprises achètent un lot de sièges pour une équipe pilote avant d'étendre — ou pas — à l'ensemble des collaborateurs. Le vrai test sera le taux de renouvellement à un et deux ans, une donnée que Microsoft ne détaille pas encore publiquement.
Pourquoi Azure accélère maintenant
L'accélération à 43 % de croissance sur Azure s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs. D'abord, la montée en charge de l'inférence IA : chaque requête Copilot, chaque agent Azure AI Foundry, chaque appel à un modèle OpenAI hébergé sur Azure consomme du calcul facturé. Plus l'usage des outils IA se banalise, plus la facture Azure grimpe mécaniquement.
Ensuite, les investissements en capacité datacenter engagés depuis deux ans commencent à porter leurs fruits : la capacité disponible pour l'entraînement et l'inférence a augmenté, ce qui permet à Microsoft d'honorer davantage de contrats sans être freiné par des contraintes de capacité — un problème qui avait pourtant pesé sur la croissance d'Azure lors de plusieurs trimestres précédents.
Enfin, le partenariat avec OpenAI continue de jouer un rôle moteur : une part significative de la charge de calcul liée à ChatGPT et aux API OpenAI transite par l'infrastructure Azure, ce qui gonfle mécaniquement les revenus cloud de Microsoft indépendamment de ses propres produits Copilot.
Ce que ça change pour les entreprises clientes
Pour un DSI ou un décideur IT qui négocie un contrat Azure ou Microsoft 365, ces chiffres ne sont pas qu'une statistique financière abstraite. Une entreprise en pleine accélération de revenus a moins de pression immédiate pour baisser ses prix, mais elle a en revanche intérêt à investir davantage dans la fiabilité et le support de ses produits phares pour ne pas casser la dynamique.
Concrètement, cela veut aussi dire que la capacité de calcul Azure pour l'IA devrait rester globalement disponible dans les mois qui viennent, après plusieurs trimestres où certaines régions Azure ont connu des tensions sur la disponibilité de GPU pour l'entraînement et l'inférence de gros modèles.
Pour les équipes qui hésitent encore à généraliser Copilot au-delà d'un pilote, ces chiffres de croissance ne doivent pas remplacer une évaluation interne du ROI réel. 30 millions de sièges vendus ne garantissent pas 30 millions d'utilisateurs satisfaits — c'est un chiffre de vente, pas un chiffre d'adoption effective au quotidien.
Ce qu'il faut retenir
Le passage d'Azure au-dessus des 100 milliards de dollars annuels et le doublement quasi continu des sièges Copilot marquent un tournant : l'IA générative de Microsoft n'est plus un pari expérimental financé à perte, elle génère désormais un revenu massif et en accélération. Le carnet de commandes de 678 milliards de dollars suggère que cette dynamique n'est pas près de s'essouffler.
Reste la question du terrain : est-ce que cette croissance en volume se traduit par une adoption réelle et durable dans les usages quotidiens des équipes, ou par un empilement de licences sous-utilisées ? La réponse se lira dans les taux de renouvellement des prochains trimestres, pas dans le nombre de sièges vendus.




