Une adoption croissante de l'IA dans le secteur public
Depuis l'arrivée de David Amiel au ministère de la fonction publique en octobre 2025, l'intelligence artificielle (IA) a pris une place prépondérante dans les services publics. Selon le Baromètre 2026 de la souveraineté numérique, 63 % des organisations publiques utilisent déjà au moins un outil d'IA, marquant une avancée significative dans la modernisation des administrations. Cette adoption ne se limite pas à des outils de base, mais s'étend à des applications complexes comme l'analyse de données, la production de synthèses et même l'interaction avec les citoyens. Cependant, cette montée en puissance pose la question de l'absence d'une doctrine claire et d'une stratégie politique définie pour encadrer cette transformation.
Le collectif Le Sens du service public a récemment publié une note soulignant cette « accélération technologique sans véritable cap politique » et a appelé à un encadrement rigoureux de l'usage de l'IA. La situation est d'autant plus préoccupante que les applications de l'IA dans l'administration semblent se multiplier sans une évaluation adéquate des impacts à long terme. Les cofondateurs de ce collectif, Johan Theuret et Emilie Agnoux, notent que malgré un écosystème scientifique reconnu, l'État n'a pas encore élaboré de doctrine interministérielle stabilisée sur l'intégration de l'IA dans l'administration. Ce manque de direction pourrait mener à des dérives, à une utilisation non éthique de l'IA, et à une déconnexion avec les principes fondamentaux du service public.
Les promesses et les risques associés à l'IA
Alors que l'IA est perçue comme un levier potentiel d'efficacité et d'innovation, elle soulève également des préoccupations éthiques et sociales. Un rapport de la CFDT-UFETAM met en avant les paradoxes auxquels est confronté le secteur public, avec des attentes croissantes pour des services personnalisés face à des contraintes budgétaires. L'IA, en tant que technologie d'optimisation, pourrait théoriquement répondre à ces défis, mais elle ne doit pas être considérée comme une solution miracle. Les craintes d'une fracture sociale accrue, de la surveillance des citoyens, et du traitement des données personnelles doivent être prises en compte. Le service public doit donc naviguer entre l'innovation technologique et la préservation des valeurs républicaines.
À ce titre, un cadre éthique solide est essentiel. L'OCDE a souligné l'importance de la transparence et de la responsabilité dans l'utilisation de l'IA au sein des administrations publiques. La mise en place de mécanismes de contrôle et d'évaluation des outils d'IA est cruciale pour garantir que ces technologies servent réellement l'intérêt général et ne compromettent pas la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Le plan gouvernemental : entre promesses et réalités
Le plan gouvernemental intitulé « pour une IA utile, humaine et souveraine pour le service public », présenté le 16 juin 2026, vise à structurer l'action de l'État face à l'essor de l'IA. Ce plan entend généraliser l'utilisation d'assistants IA pour les agents publics et renforcer les capacités de l'État en matière d'IA souveraine. Cependant, le collectif Le Sens du service public critique le fait que ce plan reste centré sur des annonces et des cas d'usage sans définir pleinement les finalités et les méthodes d'évaluation des effets à long terme.
Le risque est donc que, sans un suivi rigoureux et une évaluation des impacts, le déploiement de l'IA dans les services publics ne parvienne pas à atteindre ses objectifs d'efficacité et d'éthique. La nécessité d'une gouvernance claire et d'une communication transparente autour des projets IA est primordiale pour assurer leur acceptation et leur succès.
Une nécessité de régulation et d'éthique
La question de la régulation des technologies d'IA dans le secteur public devient de plus en plus pressante. Selon des experts, il ne suffit pas d'adopter des outils d'IA, mais il faut également établir des règles claires qui garantissent leur utilisation éthique. Des initiatives comme celles proposées par le Conseil d'État, qui appelle à un devoir d'exemplarité pour le secteur public, doivent être mises en avant. Ce cadre doit inclure des considérations sur la protection des données, la transparence des algorithmes et l'inclusivité des services offerts.
Les administrations doivent également prendre en compte les retours des citoyens et des agents publics dans la mise en œuvre de ces technologies. Un dialogue ouvert et une coopération entre les différents acteurs sont essentiels pour développer des solutions qui répondent réellement aux besoins des usagers tout en respectant les principes démocratiques.
Le précédent de la dématérialisation : une leçon à retenir
Un article du Le Monde souligne l’importance de prendre en compte les leçons du passé, notamment celle de la dématérialisation, pour aborder l’IA dans les services publics. Ce précédent montre que les réformes technologiques, sans un cadre clair et des objectifs définis, peuvent mener à des dérives. Les citoyens ont souvent ressenti un éloignement dans leurs interactions avec l'administration, et il est crucial d'éviter que l'IA ne reproduise ces erreurs.
Les expériences passées doivent servir de base pour établir des normes et des pratiques qui garantissent que l'IA soit intégrée de manière réfléchie et bénéfique. Une approche prudente et réfléchie est essentielle pour s'assurer que cette technologie serve réellement le public et non des intérêts particuliers.
Les défis de la souveraineté numérique
Le Baromètre 2026 de la souveraineté numérique indique que 63 % des organisations publiques utilisent des outils d'IA, mais cela pose la question de la souveraineté numérique. Selon Numspot, cette adoption soulève des inquiétudes quant à la dépendance envers des technologies externes et à la sécurité des données. La souveraineté numérique est cruciale pour garantir que les données sensibles des citoyens soient protégées et que les outils d'IA utilisés soient conformes aux valeurs éthiques et aux normes de sécurité.
Une attention particulière doit être portée à la manière dont les administrations choisissent et mettent en œuvre ces outils, en veillant à ce qu'ils soient adaptés aux besoins spécifiques des services publics et respectent les principes démocratiques. Une gouvernance solide est essentielle pour éviter les dérives potentielles associées à l'utilisation de l'IA.
Une opportunité pour une transformation positive
Malgré les défis, l'IA peut également être un levier de transformation positive pour le secteur public. D'après un rapport de CFDT-UFETAM, l'IA peut améliorer la qualité de vie au travail des agents publics, revaloriser leurs missions et dynamiser la coopération homme-machine. En permettant aux agents de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée, l'IA peut contribuer à une administration plus efficace et humaine.
Pour que cet objectif soit atteint, il est crucial que les administrations adoptent une approche centrée sur l'humain, où les outils d'IA sont conçus pour soutenir et non remplacer les agents publics. L'engagement des agents dans le processus de transformation est essentiel pour garantir que l'IA soit perçue comme un atout et non comme une menace.
Conclusion : vers une IA au service du bien commun
En conclusion, l'intégration de l'intelligence artificielle dans les services publics représente à la fois une opportunité et un défi. Si les outils d'IA peuvent potentiellement transformer la façon dont les services sont rendus, leur déploiement doit être accompagné d'une réflexion éthique profonde et d'une stratégie politique claire. Les administrations doivent éviter de se laisser emporter par l'accélération technologique et prendre le temps de réfléchir aux implications de leurs choix. L'IA doit être au service du bien commun, et non pas d'intérêts particuliers ou de logiques purement technocratiques. La route est encore longue, mais avec une gouvernance appropriée, l'IA peut devenir un véritable atout pour le service public.




